adotevi,Adovi John-bosco

 

Sacrilège à Mandali

Yaoundé : Editions Clé, 1982

177 pages


Un jeune étudiant brillant, Ernest Koffi, se découvre un peu tardivement une vocation de prêtre, alors qu’il terminait une Maîtrise en mathématiques et était fiancé à Eléonore Adolé, elle aussi étudiante. Celle-ci, amoureuse folle de son ami qui l’abandonne, tente d’abord d’ensorceller celui-ci et lorsqu’elle y échoue, de se suicider, mais en vain. Il ne lui restera plus qu’à se faire religieuse elle-même. Les deux anciens amants se retrouveront bien plus tard après leur formation religieuse (lui en Italie, elle en Belgique) à Sotomé au Mandali, le pays imaginaire où se passe ce roman. Lui, est aumônier des collégiennes de Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours, là où justement son ancienne maîtresse est sœur et se prépare à assumer la direction du collège. Si Ernest a réussi à se donner corps et âme à sa vocation, Eléonore n’est entrée sous les ordres que pour oublier Ernest, pour qui sa passion s’enflamme de nouveau lorsqu’ils se rencontrent. Eléonore quitte finalement le pays pour un cloître à Sébikotane, au Sénégal. Ernest est nommé évèque.

On pense, immanquablement, au cours de la lecture de ce petit roman, que le sacrilège annoncé par le titre serait de type sexuel, notamment que la relation sexuelle entre Eléonore et Ernest contitnuera même après avoir endossé l’habit religieux. On se serait bien trompé. Dans un épilogue pour le moins surprenant, nous apprenons que le nouvel évèque a été lâchement assassiné par un supporter du régime révolutionnaire marxiste léniniste qui avait interdit son sacre. L’Eglise catholique mandalienne avait passé outre cette interdiction pour défier un régime qui ouvertement lui faisait la guerre depuis quelques années.

L’intérêt de ce roman est qu’il aborde des questions religieuses importantes quoique sur fond de mélodrame amoureux. L’amour malheureux d’Ernest et Eléonore et l’entrée quelque peu tardive des deux protagonistes dans la vie religieuse permet à l’auteur d’aborder les problèmes auxquels est confrontée l’Eglise catholique contemporaine : le célibat des prêtres et surtout la signification de la prêtrise dans un monde devenant de plus en plus séculaire. Dans ce sens, il peut rappeler L’Aventure ambiguë, le classique de Chekh Hamidou Kane. Mais la comparaison s’arrêterait là. Adotévi ne maîtrise certainement pas l’art du dialogue philosophico-religieux autant que Kane. Le discours chez lui est un peu trop doctoral, semble peu adhérer aux personnages et trahit plutôt la présence de l’auteur lui-même. Il faut aussi noter certaines faiblesses structurales évidentes : l’épilogue, supposé illustrer la répression religieuse par le pouvoir en place par exemple est mal soudé au reste du texte, ainsi que l’est son début où un vieil homme chrétien se plaint de la mise vestimentaire des jeunes filles lorsqu’elle viennent au culte. Enfin, il est clair que l’auteur a pris grand soin de créer des personnages-doubles : Elénore/Ernest, Monseigneur l’Archevêque/la Sœur-Mère du Collège des jeunes filles, pour n’en citer que les plus importants.


Koffi Anyinefa – Janvier 2008