EKUE, AKOUA T.

 

Le Crime de la rue des notables

Lomé: Les Nouvelles Éditions Africaines, 1989


La Rue des Notables, c'est le lieu du crime, un homicide involontaire commis par Djani Taro, étudiant en lettres à l'Université du Mono sur la personne de Dadjé Massé, employé dans une entreprise privée de Kuta, capitale d'un pays voisin. Djani est un écrivain en herbe. Pendant un séjour à Kuta destiné à trouver un éditeur pour Cika de Soké, le roman dont il vient de terminer la rédaction, il s'en fait voler le manuscrit par une fille de joie. Quelque temps plus tard, le manuscrit paraît en France sous le titre d'Aïda et le gouverneur et vaut à son prétendu auteur, Dadjé Massé, une certaine célébrité. Djani qui a eu vent de l'événement par l'intermédiaire d'un ami, Karim, étudiant en France, s'en va confronter l'usurpateur. Dans la lutte qui s'en suit, Djani étrangle son rival. Il est condamné à cinq ans de prison malgré le fait que son procès ait fait la lumière sur l'imposture de Dadjé Massé. En prison, il rédige trois romans dont Criminel malgré lui, couronné par un prix littéraire et traduit en anglais, allemand et espagnol, ainsi qu'un recueil de poèmes. Djani sort de prison un an avant l'échéance de sa peine pour bonne conduite.

Ce roman d'Ekue, surtout dans sa première moitié, est fait de descriptions dans une langue plutôt très conventionnelle même si l'auteur parfois, dans les rares dialogues véritables qu'elle compose, s'évertue à y intégrer un français défectueux tel que peuvent le parler ceux-là qui le maîtrisent peu ou qu'on entend souvent dans les rues des villes africaines. Ainsi, nous en apprenons un peu sur la vie que les étudiants du Mono mènent entre études, sorties nocturnes et conquêtes féminines. Parfois, l'histoire du roman nous transporte en campagne, dans le village du protagoniste.

C'est peut-être sur le plan thématique que ce livre se distingue. En effet, la question de l'usurpation d'un manuscrit (du plagiat en quelque sorte) n'a pas manqué de susciter de l'intérêt auprès de écrivains africains, autant comme sujet littéraire (pensons ici au Docker noir de Sembène Ousmane) que comme pratique de l'écriture (les scandales autour du Devoir de violence de Yambo Ouologuem ou du Regard du roi de Camara Laye, ou encore plus récemment autour des Honneurs perdus de Calixthe Beyala).

Cependant, c'est peut-être au Docker noir que fait surtout penser Le Crime de la rue des notables. Mais contrairement à Sembène Ousmane, Ekué donne une fin heureuse à son roman. Son protagoniste est reconnu dans ses droits d'écrivain et sortira de prison auréolé d'une certaine gloire. Celui de Sembène Ousmane, Diaw Falla, passera quant à lui le reste de sa vie en prison.


Koffi Anyinefa – Janvier 2008